Ressources Humaines : le nudge bientôt incontournable

Les Ressources Humaines sont confrontées à de multiples défis, pour ne pas dire des problématiques fortes. Elles voudraient impliquer leurs salarié.es, les inciter à prendre des initiatives, les amener à plus de coopération quand ce n’est pas juste les garder. Parmi ces défis, deux sont particulièrement d’actualité : la gestion du changement et l’engagement des salariés.
Les sciences comportementales et le nudge peuvent apporter une vision et des solutions simples mais non moins efficaces, comme nous le verrons lors d’exemples concrets plus bas.

La gestion du changement

Gestion du changement et management des salarié.es sont intimement liés. Quand il s’agit de réorganiser des équipes, de modifier les postes où même de développer de nouvelles compétences, on implique des individus. Pour espérer que les salarié.es acceptent le changement voire qu’ils s’y impliquent, on ne peut pas se passer d’une analyse fine de toutes les problématiques. Celles de l’entreprise et celles des employé.es. Elles sont souvent nombreuses et imbriquées. Qu’est-ce qui motive l’entreprise au changement ? Quels sont les freins pour les salarié.es ? Pourquoi ? Comment lever ces freins ?

L’engagement des salarié.es.

A l’heure actuelle, les RH doivent également jongler avec :

  • La culture de l’entreprise : ses valeurs, l’inclusion, la diversité
  • Le parcours des salarié.es : les formations, le repérage des talents
  • Le bien-être en entreprise : l’hybridation du travail, la flexibilité des horaires et/ou des jours de travail, les salles de pause adaptées et équipées
  • La résolution de conflits entre deux salarié.es
  • La sécurité
  • Le OnBoarding et le OffBoarding
  • Mais aussi le recrutement et tout son processus souvent d’autant plus complexe que la concurrence est forte. La tentation d’une sur-promesse attirante peut créer des déceptions et être à l’origine d’une démission précoce.

Toutes ces missions peuvent avoir un impact sur l’engagement et le désengagement des salarié.es.

Deux exemples

Les sciences comportementales et le nudge peuvent apporter une vision et des solutions simples mais non moins efficaces, comme le démontrent les deux exemples ci-dessous. L’un du secteur privé, l’autre du secteur public, qui datent tout deux déjà de plusieurs années.

  1. Google
    Alerté que peu de femmes demandaient à être promues comparé aux hommes, l’ancien Vice-Président de Google, Alan Eustace, a envoyé un mail à toutes ses collaboratrices juste avant la période des demandes de promotions. Dans ce mail, il précisait :
  • Les femmes lèvent moins la main que les hommes quand on leur demande de résoudre un problème mathématique, alors qu’elles ont un meilleur taux de réussite quand elles le font.
  • En réunion, les femmes ne partagent pas autant leurs idées que les hommes, même si les observateurs relèvent que celles-ci sont souvent meilleures que celles proposées par leurs collègues masculins.

Ainsi, le nombre de femmes candidates et promues a augmenté. L’histoire ne dit pas si c’est le mail, son contenu et/ou l’expéditeur qui a motivé les employées à tenter leur chance. Ce serait intéressant de le savoir. En tout état de cause, ce coup de pouce a été efficace. Les années où ce mail n’a pas été envoyé, le nombre de candidates à une promotion a chuté. 

Ce nudge initié par une problématique de Ressources Humaines, a également un impact dans le Management, la dynamique des équipes mais également l’engagement des collaboratrices.
Concernant le coût du nudge, il est quasi nul.

 

  1. Le NHS

Prenons maintenant un exemple du secteur public. Le NHS (National Health Service, équivalent britannique à notre Sécurité Sociale) s’est fixé comme objectif de réduire les prescriptions d’antibiotiques par les médecins.

Pour ce faire, il a dépensé :

  • D’abord 4 000 000 de Livres Sterling en communication (soit plus de 4 400 000 €) pour un résultat de 1% de réduction des prescriptions d’antibiotiques.
  • Puis 150 000 000 £, toujours en communication, pour une réduction de 4%.
  • Alors il a tenté le nudge pour 20 000£, et obtenu une réduction de 3,3%.

Quel était donc ce nudge qui a coûté 7 500 fois moins cher qu’une campagne de communication pour un résultat équivalent ?

Une simple lettre. Ou plutôt une lettre bien pensée.

  • D’abord, une lettre adressée personnellement. C’est devenu la base aujourd’hui.
  • Une seule phrase pour rappeler l’enjeu. Pas d’infantilisation ou de morale.
  • Un comparatif entre le médecin destinataire et les confrères de son secteur géographique. La norme sociale.
  • 3 propositions d’actions concrètes. La facilitation.
  • Et le tout signé par une figure respectée par les médecins. L’importance du messager.

En Australie, le même type de nudge a permis une réduction de 12,3% des prescriptions d’antibiotiques*

Le nudge agit directement sur le comportement et présente l’avantage non négligeable de s’appuyer sur des dispositifs simples et peu couteux.

Quelle Direction des Ressources Humaines peut se passer de l’apport du nudge aujourd’hui ?

Depuis quelques années, on voit poindre un nouveau phénomène. Avant, les salarié.es s’adaptaient à l’entreprise.  Maintenant, la tendance semble tirer vers le contraire. Et ce n’est peut-être pas près de s’arrêter à en croire ce récent sondage ** : 85% des 18-24 ans estiment que pour être performante, l’entreprise se doit de veiller au bien-être de ses salariés. 42% des jeunes et 44% des étudiant.es estiment qu’être épanoui au quotidien dans leur travail est un indicateur de réussite professionnelle, avant la rémunération (avec 33% des jeunes).

C’est tout un paradigme qui change. 
Le monde du travail change, les solutions aussi. Pensez au nudge !

* BETA, Behavioural Economics Team of the Australian Government, 2017
** BVA & GROUPE ISC PARIS

Article rédigé par Laëtitia Pourias

Image de pch.vector sur Freepik