Un biais peut-il nous mettre en danger ?

Jouons avec les biais cognitifs !

Dans cet article, je vous propose un petit jeu très simple.
Répondez franchement à la question suivante avant de lire la suite.

Qu’est-ce qui vous énerve le plus en voiture ?

Vous avez trouvé ?

 

 « Les cons ? »
C’est la conclusion que l’on entend le plus souvent, suivie d’un éclat de rire, mélange de honte et de soulagement. Un aveu.
Mais c’est quoi un con ? un empêcheur de tourner en rond ? un caillou dans la chaussure ? Quelqu’un est « con » à nos yeux parce que son comportement nous exaspère alors que nous sommes convaincus d’être dans notre bon droit.
Heureusement, « un con » n’est pas forcément idiot. D’ailleurs, il paraît qu’on est tous le con de quelqu’un.

Une question de jugement

Ces jugements spontanés biaisés influent sur notre réaction face à ces personnes qui ne vont pas dans notre sens. Elles nous énervent et nous réagissons en fonction. Autant dire que cela anéanti toute chance de faire évoluer leur comportement.
Si on vous traite de con, allez-vous changer votre comportement ? Il y a très peu de chances. Cela peut même avoir l’effet contraire. Au mieux c’est stérile, au pire c’est la cata.

Prendre du recul

Si nous étions rationnels, nous devrions prendre un peu de recul pour chercher les raisons pour lesquelles les gens ont tel ou tel comportement. Mais cela demande du temps et de l’énergie à notre cerveau1

Et les raisons, il peut y en avoir beaucoup en même temps.

  •  Les plus visibles sont les raisons personnelles : je n’ai pas le temps, je veux être libre de faire ce que je veux …
  •  Il y a également des raisons extérieures qui touchent souvent nos sens, comme le temps qu’il fait, les actualités, le fond sonore, la charge mentale … 2
  •  Mais aussi moultes raisons psychologiques comme les biais cognitifs.

Un biais cognitif très courant

Reprenons notre petit jeu et posez-vous la question :  
Etes-vous meilleur ou moins bon conducteur que la moyenne?

D’après une étude de Svenson3 menée en 1981, reprise et confirmée depuis 40 ans dans le monde entier, 80% des personnes interrogées se déclarent « meilleur.e conducteur-trice que la moyenne ». Or, c’est  impossible.

Vous pourriez penser que ce sont les autres qui exagèrent, pas vous. Vous, vous êtes peut-être certain et de bonne foi d’être meilleur conducteur que la moyenne.

Les autres aussi.

C’est normal. Il s’agit là du biais d’excès de confiance et, comme tous les biais, il est universel et prévisible.

Quelles conséquences ?

Même si vous touchez à votre smartphone en conduisant, même si vous ne mettez pas vos clignotants, même si vous collez d’un peu trop près la voiture qui vous précède, même si vous vous rabattez trop vite après un doublement, même si vous ne vérifiez pas vos angles morts, même si vous grignotez la ligne blanche, même si vous faites des excès de vitesse… vous pourriez vous déclarer meilleur conducteur que la moyenne.

Peut-être même que vous vous autorisez ce type de comportements parce que vous croyez être bon conducteur. Il s’agit alors de l’effet Peltzman. Un biais cognitif qui nous rend moins prudent quand on se sent plus protégé.

Autant dire que vous auriez des chances d’être le con de quelqu’un.

Un exemple de nudge

L’industrie automobile est un secteur extrêmement innovant, surtout pour les questions de sécurité. Les véhicules récents attirent notre attention à l’aide de plein de petites astuces (les nudges) pour vous protéger. Par exemple, vous êtes en voiture et «mordez» la ligne blanche. Le nudge, ici un signal sensoriel, s’enclenche (un bip, une vibration du volant, une résistance dans le volant…) pour vous en faire prendre conscience . Ainsi, vous gagnerez peut-être en attention. Peut-être aussi commencerez-vous à prendre une nouvelle habitude (ne pas franchir la ligne).

Pour être un nudge, ce signal ne doit être ni agressif ni agréable pour ne pas générer d’effets pervers (comme vous faire sursauter ou au contraire pour ne pas encourager à rouler sur la ligne blanche). Il doit être juste assez neutre pour ne pas vous inciter à le désactiver. Il est installé par défaut mais vous pouvez le désactiver d’un simple clic (sinon ce n’est plus un nudge).

Dans la vraie vie, il arrive à tout le monde de mordre la ligne centrale. Or, c’est dangereux, même si vous êtes bon conducteur. Le nudge sert ici à éviter des accidents. D’abord le vôtre, mais aussi celui de la personne qui pourrait arriver en face et toutes les conséquences qui s‘ensuivent.

  •  Le coût humain : la mobilisation des pompiers, du personnel médical, la fatigue
  •  Le coût financier: les salaires, le matériel … même si cela est accessoire comparé à une perte humaine, il n’en s’agit pas moins d’un vrai sujet.

Statistiques

En 2021 :

  •  3 219 personnes sont mortes sur les routes de France. (Bilan 2021 de La Sécurité Routière).
  •  2897 d’entre-elles se croyaient vraisemblablement meilleur.es conducteurs-(trices) que la moyenne.

1 Vidéo (en anglais) et livre de Daniel Kahneman Système 1, système 2, les deux vitesses de la pensée.

2 Svenson, O. (1981). Are we all less risky and more skillful than our fellow drivers?. Acta psychologica, 47(2), 143-148.

3 Livre NOISE de Cass Sunstein, Daniel Kahneman et Olivier Sibony).

NB : Dénifitions du nudge et des biais cognitifs: Pourquoi le changement d’habitude est-il si difficile?

Article rédigé par Laëtitia Pourias

Image par Tumisu de Pixabay